Je suis un Blade Runner

 
La porte claque, mon fidèle trench-coat tombe au sol et je me retrouve accroupie, la main farfouillant dans un placard à la recherche d’une bouteille qui devrait traîner par là… La canapé s’affale, craquant sous mon poids et je sens déjà la brûlure du nectar dans ma gorge… Le verre claque sur la table et je me laisse submerger par les souvenirs de la soirée…
 
 [message du chat noir] Balek, je me jette dans la gueule du loup, je ne tiens pas à la vie!
Put@&!! Elle m’épuise…Juste le temps de poser une analyste, Serenity je crois ou un truc comme ça, devant les écrans pour servir de tour de contrôle et me voilà arrivée devant le centre commercial… La force d’intervention n’attend que mon go pour lancer l’assault, mais je ne peux pas faire ça tant que j’ignore où la bleue et son toutou sont allés se fourrer… C’est parti pour la mission « trouver, sécuriser, engueuler les sales gosses»! J’avais réussi à identifier les potentielles sorties « non officielles » grâce aux plans du bâtiment et à l’aide de mon indic. Et voilà que je me retrouve à ramper dans des aérations pour entrer en toute discrétion… oui des aérations! Non mais sans blague, j’ai failli me rompre le cou quand je me suis retrouvée à descendre à pic dans ces fichus tunnels de métal! Elle va m’entendre la Zénia!!

Ok, ça c’est fait! Demi-tour, direction Zénia! Ça fait longtemps que je n’avais pas fait autant de cardio… et puis soudain… des hurlements… mais de vrai hurlements! À plein poumons! Comme s’ils n’avaient pas déjà fait assez de bruit!! Ma course vers les deux comparses est un peu floue… je me rappelle avoir dégommé un répliquant, avoir entendu les balles fuser autour de moi et m’être retrouvée face à un spectacle déroutant… Zénia à terre, complètement affolée et son nexus luttant de toutes ses forces pour la protéger, sans aucune retenue… J’ai vu son regard… J’ai vu sa peur pour Zénia… Et j’ai vu la peur de Zénia… c’est un jeu dangereux… Quand la limite entre l’humain et le répliquant se fait floue, comment continuer à faire notre travail sans y laisser une part de notre humanité? Comment retirer un répliquant en soutenant son regard si humain? Comment supporter le fait d’être un tueur et non un protecteur? Il faudra que je lui parle… Un jour, pas dans l’immédiat… Je doute qu’elle m’écoute de toute façon… Les renforts ont fini par arriver et à nous débarrasser des assaillants restants pendant que je restais avec la petite pour la protéger…

Juste le temps de contempler le massacre que Zénia se barra à nouveau! Pas possible celle-là! Mais elle n’alla pas très loin… Elle était juste à la poursuite d’Ivy qui, blessée, essayait se s’échapper en se traînant difficilement sur le sol. Nous étions seules, Zénia, Ivy et moi… le bruit d’un transport, un train peu être, se faisait entendre au loin… Mon arme se lève en direction de la tête d’Ivy… Son œil restant me fixe, attendant son sort… Sort que je connais déjà: mourir ici ou mourir là bas… Je suis une Blade Runner. Le coup de feu part… La nexus est retirée…
 
**
 
Mes yeux s’ouvrent… Je sors de la douche. Comment suis-je arrivée là? J’attrape une serviette et me retourne vers le miroir que j’essuie d’une main fatiguée… Je suis là, je me regarde, mais mon reflet n’est pas net… Comme une télé mal réglée…
 
Note à moi même: Parler à Zénia

Publié

dans

par

Étiquettes :