7eme Mer – Visite rapide de Arisent

P’tit Felix dévalait la rue du port à vive allure. Ses pas étaient emportés par la forte inclinaison de la pente.
Ses chaussures usées frappaient sans considération le pavé recouvert de la boue nauséabonde que vomissait la ville et ses habitants.
Certains passants, éclaboussés au passage, lançaient jurons et menaces au garçon. Lui il n’en avait que faire, car quelque chose l’attendait en bas, qui ne souffrait aucun retard, aucun arrêt. Et tant pis si quelques chausses s’en retrouvaient maculées.
Il contourna le chariot vide d’un marchand qui devait avoir la même but que lui. Déjà plus avant, se dessinait la ligne découpée des quais.
Les planches de bois, vaillantes en tout temps et en toute mer, s’apprêtaient à recevoir marchandises et passages de bottes.
Le son d’une corne résonna par deux fois.
Le sang de P’tit Felix ne fit qu’un tour et son coeur, déjà secoué par sa folle cavalcade, se mit à accélérer de plus belle.
Les derniers mètres furent compliqués à négocier, tant la populace se déversait désormais sur le port depuis toutes les rues alentours.
Il bouscula, invectiva et se fit place pour enfin arriver à un point lui offrant une vue dégagée.
Et elle était là, passant à l’instant les deux tours de la chaîne : La Milène.
La flûte rentrait au port après plusieurs mois passés en mer. A son bord, un équipage de pécheurs éreintés, une cargaison de poissons salés, et P’tit Félix n’en doutait pas, son père, qu’il allait enfin revoir.
La Milène faisait partie des navires au long cours qui quittaient les eaux montaginoises tous les hivers.
Les eaux refroidies éloignaient en effet les bancs de poissons qui, pour la plupart, prenaient alors la destinations des côtes du Royaume de Mbey, bien plus au sud de la Mer du Commerce.
De nombreux navires suivaient ainsi la migration dans l’espoir de remplir les cales et les coffres en attendant les campagnes de printemps.
La Milène était toujours le premier des navires à rentrer. S’en suivraient d’autres bateau de pêche, mais aussi des navires de marchandise et même quelques militaires en provenance de toutes les mers.
Car en cette première quinzaine du mois de Tertius de l’anno veritas 1668, allait se dérouler, comme chaque année, la grande foire de Haute Mer d’Arisent. La première fête après cette période hivernale, qui cassait ainsi l’attente des familles de pêcheurs autant que des marchands venus pour les premières grandes affaires de l’année.
Et avec eux, tout une foule de voyageurs ou curieux, nobles ou roturiers, honnêtes citoyens et tire-laine en tout genre et de toutes nations, attirés par l’effervescence de la ville…


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