Gautier ouvrit un oeil. Ses oreilles étaient comme remplies d’eau et sa tête lui faisait un mal atroce. Il était étendu au sol et s’apprêtait à bouger lorsqu’il entendit les voix. Elle n’était donc pas partie. Et elle n’était pas seule. Un homme échangeait avec elle depuis le cabinet de monsieur. Et si elle était en mesure de parler, c’est que Hirke, le garde du corps de monsieur, n’avait pas réussi à l’arrêter. Il entendit des pas en provenance de la porte d’entrée. Il se figea et ferma à nouveau les yeux. Le nouvel arrivant lança, dans un montaginois teinté d’un fort accent :
- Il y a quelqu’un. Monsieur Jolière ?,
Il n’y a pas de monsieur Jolière ici, mon brave, pensa Gautier. Et vous feriez mieux de déguerpir vite fait plutôt que de vous attirer des ennuis. Quelques instants plus tard, il reconnut la voix de la femme qui finit par répondre à cette question :
- Bonjour, monsieur. Qui êtes vous ?,
- Je m’appelle Alekseï et je suis à la recherche du propriétaire des lieux.,
- Malheureusement, il est arrivé un drame ici même. Le propriétaire est mort.,
Par Theus, se dit à lui même Gautier. Monsieur est mort. Ils l’ont tué ! Monsieur n’était certes pas le meilleur des maîtres qu’avait pu servir Gautier, mais il payait bien. Et trouver une place suite à ce genre de situation était des plus difficiles. Perdu dans ses pensées, il perdit un peu le fil des échanges, mais il semblait que la femme, une certaine Arada, avait proposé à cet Alexeï de venir voir par lui même. Avec le troisième individu, un certain Drew, provenant apparemment des Marches des Highlands, ils étaient en train de fouiller le bureau à la recherche de documents. Gautier se dit que le moment était venu pour lui de quitter les lieux, avant que ces personnes ne se mettent dans l’idée de s’assurer qu’il soit bien mort. Il se leva douloureusement, et quitta alors l’hôtel particulier, bien décidé à présenter ses services à quelqu’un qui aurait moins d’ennemis…

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P’tit Félix remontait le long des quais en direction de la maison. Il commençait à se faire tard et la plupart des badauds étaient soit dans les tavernes du coin, soit bien au chaud de leur logis. Son paternel était d’ailleurs de la première catégorie, raison pour laquelle sa mère l’avait envoyé à cette heure tardive pour lui rappeler ses obligations… “Dis à ta mère que j’arrive”, lui avait répondu son père, quelques instants auparavant, dans le bouge où il l’avait finalement retrouvé. Il aperçut alors un petit groupe à quelques mètres de lui. Une étrange compagnie, dirait-on. Une femme, très belle, se tenait face à un groupe de marins éméchés qui semblaient l’importuner. Mais derrière ceux-ci, une femme et un homme étaient en train de s’avancer. P’tit Felix profita des caisses vides qui encombraient le quai pour s’approcher et écouter plus attentivement. Les trois étrangers ne tardèrent pas à persuader les marins de continuer leur soirée sur d’autres activités moins dangereuses pour eux. Ils échangèrent alors tous les trois. L’homme, pas très grand et habillé à la manière de ces gens de la Fédération Sarmatienne, fut nommé Mykolas par la femme venue en renfort. Celle ci semblait déjà le connaître. Elle avait un accent Eisenör et se présenta elle même comme Van Starkk. Drôle de prénom, se dit P’tit Félix à lui même. La dame seule ne les connaissait pas. Elle s’appelait Mirabella et semblait être une vodacci. Le garçon resta encore un instant caché, espérant découvrir quelques échanges intriguants. Mais les trois individus décidèrent de continuer dans une taverne du port. Déçu, il reprit son chemin pour la maison, se demandant dans combien de temps son père allait vraiment rentrer…
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Constant était ballotté à bord de la calèche de Jean. Le courrier filait à vive allure sur la route menant à l’Auberge des Veneurs. A son bord, avec lui, trois des cinq étrangers qui venaient de lui sauver la vie, quelques instants plus tôt. Les deux autres galopaient à vive allure devant l’attelage. Tous montraient un grand engagement, alors qu’ils ne se connaissaient pas, pour la plupart, le matin même. Et ils ne le connaissaient pas, lui-même, bien plus tôt encore. Il se dit qu’il avait peut-être eu raison de leur faire confiance, même si le risque était grand. Mais il n’avait pas le choix. Ses compagnons de la Bravoure de l’Epervier allaient bientôt rencontrer la personne dans le carrosse qu’ils poursuivaient. Et de source sure, il semblait que le Guet pourrait bien se trouver sur leur lieu de rencontre. Si cette rencontre était découverte, non seulement ses compagnons finiraient au fond de quelques basses geôles, tout au mieux. Mais la personne qu’ils devaient rencontrer risquait, semble-t-il, les plus grands problèmes. La jeune femme Eisenör, Van Starkk qu’elle se faisait appeler, venait de se tourner vers lui. Elle plongea son regard résolu et dérangeant dans le sien : « Nous allons arriver à l’auberge. Devant, il y a ce carrosse que nous ne parvenons pas à rattraper et derrière, trois de ce qui semble être vos compagnons… Il serait peut-être temps de nous en dire un peu plus. » Alors il lui dit tout. En tout cas, tout ce que lui savait. C’est-à-dire peu, si ce n’est que les personnes dans ce carrosse étaient deux femmes qui n’avaient rien à faire avec les trois hommes derrière eux, appartenant à la Bravoure de l’Epervier. Et qu’il serait donc malvenu qu’ils soient pris ensemble. Alors Van Starkk se tourna vers l’arrière et lança à l’homme venant de Curonie : « Mykolas, pourriez vous indiquer à ces gens qu’ils feraient mieux de renoncer à cette rencontre. Les lieux du rendez-vous sont compromis. »
